Aura – Education Canine

Laska

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Impossible de vous parler de mon travail, de ce métier passion qui me fait me lever chaque jour, sans vous parler de ma merveilleuse Laska. Je suis née dans une famille où les chiens n’ont jamais fait partie du paysage. Un jour, à mes dix-sept ans, lors d’un Téléthon, j’ai découvert une démonstration d’éducation canine du club canin de ma ville. Ce jour là, je n’ai pas vu les colliers étrangleurs, ni les saccades, je n’ai vu que les chiens et les humains marchant ensemble au même rythme, au coude à coude. Cette fusion apparente m’a bouleversée. Je n’avais pas de chien, aucune connaissance en éducation canine, mais c’était décidé, moi aussi, je serai monitrice.

Je suis arrivée la semaine suivante au club canin avec rien d’autre qu’un immense sourire et un culot considérable pour demander si, moi aussi, je pouvais devenir monitrice au sein du club. Je l’ai fait un peu rire sur le moment mais je ne pourrais jamais retirer à ce directeur de club que, grâce à lui, une nouvelle Voie, celle sur laquelle je marche aujourd’hui (certes, d’une façon très différente), s’est ouverte à moi.

Les mois passant, il devenait évident que je ne pourrais pas avancer longtemps sans avoir, moi aussi, un chien à mes côtés. C’est ainsi qu’après des mois de recherche, je suis tombée amoureuse du berger Suisse. Quelques temps plus tard, j’ai trouvé une particulière qui ambitionnait à devenir éleveuse et qui venait d’avoir sa première portée. En recevant des photos des petits, je suis tombée en amour pour la petite merdeuse du groupe, celle qui mâchouillait la kennel et était toujours couverte de boue. En arrivant sur place, le jour de l’adoption, j’ai demandé à l’éleveuse de ne pas m’indiquer quelle était la chienne que je désirais tant, je voulais que mon choix soit un choix du coeur. A peine entrée, une petite femelle s’est détachée du groupe et s’est jetée dans mes bras.

Un choix du coeur… Sans aucun doute. Ce moment de profonde tendresse s’est rapidement dissipé lorsque ma petite Laska s’est mise à hurler dans la voiture au retour. Je l’avais arrachée à sa mère, ses hurlements résonnent encore en moi. La première nuit n’a rien arrangé. N’ayant aucune connaissance en la matière, et suivant les conseils reçus, nous l’avons laissée pleurer. Elle a hurlé pendant une semaine. Ca a été la première étape de la lente fracture de mon bébé chien.

Au fil des mois, malgré ma totale inexpérience en la matière, j’ai pu constater comme les conseils qui m’étaient donnés au club canin portaient préjudice à ma chienne, à notre relation mais aussi à ma confiance en moi. Plus je suivais leurs conseils (la faire manger après nous, l’engueuler quand elle faisait une « bêtise », la dominer en la plaquant en alpha roll si elle me grognait dessus…) et plus la relation avec Laska s’étiolait. Jusqu’au jour où, au coeur de l’automne, aux alentours de sa première année, après une énième confrontation, Laska, poussée à bout, m’a sauté dessus et mordu le bras. Mon épais blouson avait été arraché, mais c’était surtout mon coeur qui semblait avoir été coupé en deux. Ca a été l’électrochoc pour une lente déconstruction de ce que l’on m’avait enseigné. J’ai pris le temps de revenir plusieurs fois au club (en prenant soin de laisser Laska à la maison) pour observer d’un oeil neuf ce qui m’avait été enseigné : des chiens aux colliers étrangleurs, torquatus (parfois épointés), électriques, des chiens pendus, prenant des coups de pied, tirés de force au sol pour se coucher, des chiens grognant, hurlant, se plaquant au sol. Ce que l’on m’avait vendu comme une éducation nécessaire n’était, ni plus ni moins, que de la torture.

Grâce à Laska j’ai remis en question en profondeur tout ce que je pensais savoir. Laska m’a guidée vers de nouvelles perceptions, m’a formée en communication animale, a, littéralement, tout donné pour me guider. Grâce à elle, j’ai pu découvrir l’éducation dite « positive » et tenter de recoller les morceaux d’une relation trop longtemps piétinée par une perception archaïque de ce qu’est un chien. Laska a guidé Vulcain dès ses premiers mois, a été la meilleure grande soeur du monde pour lui. Son chemin de vie terminé, Laska s’est éteinte en 2017 dans les bras de mon compagnon, sous les yeux de son petit frère qui, tout comme nous, la pleure encore.